Fan de Larcenet et des trucs un peu hors-normes, je suis tombé par hasard sur cet OVNI. Il s'agit du recueil d'un mini-journal/fanzine nommé Minimal qui aurait été publié au sein du magazine Fluide Glacial (un peu à la manière du Trombone Illustré). N'étant pas lecteur du magazine, je ne sais pas si c'est vrai ou juste une mystification de plus. Toujours est-il que c'est avec grand plaisir que je me suis plongé dans ce pamphlet à la gloire de la BD populaire.
Au-delà des irrésistibles strips et illustrations non-sense qui remplissent les pages (Les aventures de Starsky la palourde et Hutch la moule figure parmi mes préférés) c'est une véritable charge contre les "élitistes" du petit monde de la BD (aussi bien lecteurs qu'auteurs). Larcenet livre donc ces récits à destination des incultes et pauvres d'esprit qui ont, eux aussi, droit à leur part d'oeuvres marginales de narration séquentielle. Car, finalement, pourquoi le bas peuple n'aurait-il accès qu'à Tintin, Buck Danny ou Largo Winch ? Larcenet, sous couvert d'humour, remet donc la BD à sa véritable place, celle qui est accessible à tous. Loin de se moquer de "la France d'En Bas de la BD" (Beurk !), il s'attaque plutôt à ceux qui voudraient placer le neuvième art sur un piédestal, selon des critères bien précis, accessible seulement à une poignée d'initiés.
Et le plus drôle, c'est qu'on ne peut même pas l'accuser de snober l'édition indépendante puisqu'il en fait partie, avec la maison d'édition Les Rêveurs.
Bref, je le savais : c'est un gars bien l'ami Larcenet (la lecture de son blog m'a d'ailleurs conforté dans cette idée) et je suis entièrement d'accord avec lui. Aimant aussi bien les productions d'indépendants que les séries mainstreams ou les comics, je ne peux que souscrire à sa revendication.
Donc Minimal, c'est bon, mangez-en. Et si les turpitudes philosophico-artistico-bédéphiles vous laissent froid, il vous restera la poilade (parfois très conne, parfois très intelligente), qui constitue quand même le principal de cet album.
Minimal
de Manu Larcenet
Editions Fluide Glacial
Ah, et puis tant que vous êtes à faire vos courses chez le libraire, et si vous ne les avez pas déjà, n'oubliez pas de prendre les 2 tomes du Combat Ordinaire et les 3 tomes de Retour à la Terre, et puis... Heu ben tout Larcenet, voilà !
Bon, ce n'est pas tout neuf, mais si vous appréciez les comics indépendants, ceux de Seth, Dan Clowes ou Adrian Tomine, Same Difference de Derek Kirk Kim devrait trouver grâce à vos yeux.
Same Difference raconte une tranche de vie de deux jeunes américains d'origine coréenne, un peu nerds sur les bords. Rappelant beaucoup Ghost World, les pérégrinations des deux jeunes gens ne sont que prétextes à des discussions échevelées sur tout et rien. Entre Simon, replongeant dans les souvenirs de son adolescence à cause d'une ancienne amie entraperçue dans la rue et Nancy qui pousse une mauvaise blague un peu loin, un sentiment de culpabilité et de manque commence à s'installer. Ces éléments conjugués seront l'occasion pour eux de prendre du recul et de faire, en quelque sorte, le bilan de leur existence.
Parfois drôle, souvent touchant, on regarde ces adulescents mûrir tout à coup et examiner les manques de leur vie et de leurs rapports aux autres.
Derek Kirk Kim est assurément un auteur à suivre. Je n'ai pas encore eu l'occasion de lire d'autres albums de lui (en particulier le Autres histoires paru chez le même éditeur français que Same Difference, 6 Pieds Sous Terre), mais je compte bien combler ce manque. Sur le site de l'auteur, on trouve cependant assez de lecture en ligne pour se faire une idée du talent du monsieur.
Same Difference
de Derek Kirk Kim
Editions 6 Pieds sous Terre
Cadeau bonus : Vous pouvez lire un extrait en français
ici, et l'intégralité de l'album en anglais
là.
Vendredi 16 décembre 2005
Vous souvenez-vous de cet athlète en justaucorps violet, aux incroyables pouvoirs et aux yeux globuleux de mouche énamourée, qui combattait, en compagnie de deux acolytes, de sombres menaces venues d'outre-espace ou de richissimes comploteurs dotés de pouvoirs psi ?
Il s'appelait Mikros et était l'une des créations françaises les plus connues en matière de super-héros (hormis Supermatou, peut-être :-)).
Créé par Jean Mitton (sous le pseudo de John Milton au début, pour faire plus américain), la série, parue dans les années 80 dans Mustang puis Titans, tenait parfaitement la comparaison avec la production outre-atlantique d'alors. Les dessins étaient d'excellentes qualité et les histoires, un peu simplettes au début, avaient su évoluer pour devenir de vrais intrigues, solides et dramatiques (dont le point culminant fut la mémorable saga du Psi, dans laquelle le personnage de Saltarella tint la vedette). Le tout dernier épisode de la série voyait notre héros et ses amis, dégoûtés de la race humaine, partir pour les étoiles et un hypothétique "ailleurs" plus agréable.
Une mini-série dérivée, contant les aventures de son fils Epsilon (élevé par son pire ennemi), avait en quelque sorte clôt le cas Mikros en insistant sur le caractère définitif de son exil.
On pensait donc ne jamais le revoir, perdu dans les limbes de l'art séquentiel, mais voici que, 19 ans plus tard, le trio insectoïde est de retour sous la plume de son créateur.
Depuis quelques années, la petite maison d'édition Organix Comix, spécialisée dans le super-héros un peu underground, édite le magazine The Atomics, contenant la série éponyme de Mike Allred (dont vous connaissez peut-être le Mad Man, son personnage le plus connu, qui a d'ailleurs partagé quelques aventures avec les Atomics). C'est donc dans le numéro 3 de ce magazine que l'on peut assister au grand retour de Mikros, avec Jean Mitton au scénario et Reed Man au pinceau (dont vous avez pu lire la Fantask Force chez Semic, série reprenant d'ailleurs un personnage secondaire de Mikros, le Gondolier Noir).
Aussi bien au niveau graphique (on croirait du Mitton lui-même) qu'au niveau scénario (forcément), la fidélité est de mise. C'est d'ailleurs là que le bât blesse : ce qui semblait gentiment naïf dans les années 80 est carrément ringard à présent. Les dialogues, les péripéties (Big Crabb qui se coince la pince dans une bouche d'égoût ! Humour !), tout est affligeant.
Bon, vous me direz, huit pages (oui, le grand retour de Mikros ne fait que huit pages) c'est peu pour se faire une opinion. Peut-être que cet aspect suranné (pour ne pas dire blet) est un parti-pris pour mettre l'accent sur le décalage entre le monde post-9/11 (dont il est ici question) et ces héros innocents tout droit sortis du passé. Il faudra voir la suite pour juger. En tout cas, pour le moment, c'est un réelle déception. Moi qui avait beaucoup aimé ce personnage à l'époque, je rêvais d'un retour triomphal, dans un contexte modernisé.
Mikros aurait mérité un traitement comparable à ce qu'à fait Alan Moore avec MiracleMan ou Suprême, rien de moins.
Le second épisode est paru, mais je n'ai pas encore eu l'occasion de le lire. J'en reparlerai peut-être dès que ce sera fait (on ne sait jamais, une bonne surprise...).
Dimanche 13 novembre 2005
Lola est une pute. Camée jusqu'à la moëlle, on ne la croit évidemment pas lorsqu'elle dit avoir été enlevée par des extra-terrestres. Pourtant, c'est la vérité. Et, finalement, elle ne se trouvait pas si mal là-haut, Lola, à vendre ses charmes -comme d'hab'- pour une drogue mille fois plus puissante que la plus pure coke terrienne : les nanopsules. Du concentré de connaissances et de sensations qui vous éparpille la conscience aux quatre coins de l'univers.
Mais lorsque la prise d'une nanopsule qui ne lui était pas destinée lui révèle rien moins que le plan de destruction de la Terre, elle se sent une petite responsabilité, quand même. Pas pour la majorité de ces connards de terriens, dont elle n'a franchement rien à foutre, mais pour ses copines, ses soeurs, qui font le tapin comme elle.
Alors Lola revient. Mais, être crédible avec une histoire d'aliens, lorsqu'on est une pute camée jusqu'à la moëlle...
C'est curieux comme cet album est passé complètement inaperçu. A tel point que, ne l'ayant pas acheté lors de sa sortie, j'ai eu beaucoup de mal à le trouver. Est-ce à cause de l'héroïne (sans jeu de mot) pas très politically correct (mais qu'est-ce qui est encore politiquement correct de nos jours ?) ou du traitement graphique assez spécial (que j'aime beaucoup, personnellement) ?
Toujours est-il que c'est bien dommage et que je tiens à rectifier, dans la mesure de mes petits moyens, cette injustice. Alors je le (é)crie haut et fort : LOLA CORDOVA, C'EST BIEN !
C'est à priori un oneshot, mais la fin est totalement ouverte sur une suite, et Lola ferait un bon personnage pour une série à suivre. Hormis l'accent très sexe, elle pourrait être le digne successeur de Valérian (puisque celui-ci est mort) avec ses aventures alternant space-op' déjanté et Terre contemporaine. On s'attendrait presque à croiser un shingouz au détour d'une page (mais je n'ose imaginer, vu la physiologie de la bestiole, ce qui pourrait se passer). Même si je ne suis pas pour les séries à rallonge, ça ne me déplairait de lire quelques aventures supplémentaires avec la demoiselle Lola (si tant est qu'elles soient aussi réussies).
Petite friandise : les amateurs de science-fiction littéraire apprécieront le clin d'oeil fait au genre.
Lola Cordova, d'Arthur Qwak
Editions Casterman
Je l'ai déjà chroniqué pour Khimaira, mais je voulais le signaler ici aussi, car c'est un vrai coup de coeur. Plongez-vous dans le Starchild, de James Owen, paru aux éditions Kymera (rien à voir avec le magazine).
Lors du Concilium, rassemblement de conteurs prenant place tous les siècles, on doit désigner celui qui endossera le "Manteau" et héritera ainsi de fabuleux pouvoirs.
Cette histoire sur les histoires est une petite merveille comme on en voit trop rarement. Je ne veux pas paraphraser ce que j'ai déjà écrit (je vous renvoie à ma chronique citée ci-dessus), mais plutôt insister sur l'excellence de cet album. Si vous avez déjà la collection des Sandman dans votre bibliothèque, vous pouvez placer Starchild juste à côté, il ne dépareillera pas, ni sur le fond, ni sur la qualité.
A noter que l'auteur, James Owen, sera présent au festival de BD de Valenciennes, les 5 et 6 novembre.
Le ton très littéraire de ce comics n'est sans doute pas un hasard puisque Owen édite également un très bon (et très beau) prozine sur la littérature fantastique (en anglais uniquement) : Argosy. Mais pour avoir plus de renseignements à ce sujet, je vous renvoie au blog de mon pote Sneed qui ne manquera pas d'en parler un de ces quatre (n'est-ce pas ?).
Dans la série "Il s'est passé des choses pendant que j'hibernais", il y a encore un bouquin que j'ai oublié de signaler ici (pourtant chroniqué sur LeFantastique.net) : L'Hypothèse du Lézard (paru aux Moutons Electriques). Outre la nouvelle éponyme du Maître, vous y trouverez une multitude d'études, d'interviews et d'articles sur l'oeuvre d'Alan Moore.
Si comme moi, vous appréciez ses scénarios géniaux et grandioses (non, non, je n'en fais pas trop), vous devez vous précipiter sur cette bible. On y apprend une foultitude de choses qui, entre autres, permettent parfois d'apprécier ses livres sous un autre angle. Saviez-vous, par exemple, que son Batman intitulé The Killing Joke ("Rire et Mourir" en français, chez Delcourt), encensé par la critique et les fans, est pour lui l'une de ses plus mauvaises productions ?
Bref, ce livre est indispensable dans la bibliothèque de tout bon amateur de BD (et pour les snobs anglophiles : ne cherchez pas, ce livre n'existe pas en anglais, ce n'est pas une traduction mais une production 100% française) aux côtés des intégrales de Watchmen, de V pour Vendetta, de From Hell, de la Ligue des Gentlemen Extraordinaires, etc...
Comme on a la chance d'avoir quasiment toute la production de Moore disponible en français (et en éditions souvent luxueuses), ce serait dommage de passer à côté de cette cerise sur le gâteau.
Et, en remontant encore de quelques mois dans le passé, j'espère que vous n'êtes pas passé à côté du coffret des Editions USA contenant l'intégrale de la Ligue des Gentlemen Extraordinaires. Je ne sais pas s'il est encore disponible. Encore une fois, c'est une production française, sans équivalent anglo-saxon. La boîte contient donc les deux mini-séries (mais le coffret peut aussi s'acheter sans ces deux livres, pour ceux qui les avaient déjà), le DVD du film (Beurk !!!) et un tome regroupant tous les articles de l'Almanach du voyageur, qui étaient éparpillés dans les fascicules en VO. Ce dernier bouquin vaut à lui seul l'achat du coffret. Moore y raconte les aventures de Mina Murray et Alan Quatermain après leur départ de la Ligue. Si vous avez aimé le principe de reprendre des personnages de la littérature classique, ce récit devrait vous combler : on y croise un nombre incalculable de héros et de lieux issues d'oeuvres de fiction aussi diverses que les Voyages de Gulliver, Orlando, ou Oui-Oui. Le tout formant une trame parfaitement cohérente. Un délice !
Bon, allez, je m'en tiens là, sinon je vais faire dix pages sur Moore.
Bonne lecture !
Fan du petit gaulois depuis ma plus tendre enfance, c'est avec peine que j'assiste depuis quelques années à la zombification d'Astérix (quelqu'un qui est mort et qui bouge encore, c'est bien un zombie, non ?).
J'avais lu, il y a quelques temps, une interview où Uderzo prévenait, à propos du tome 33 : "attention, ça va être un peu baroque et ça risque de ne pas plaire".
Ouch ! C'était peu dire.
D'habitude, j'aime bien les mélanges (quand c'est bien fait, naturellement), mais mettre des extra-terrestres dans cette série, c'est plus que la dénaturer, c'est la trahir. Les dits extra-terrestres n'étant, en sus, que des métaphores pour illustrer la "résistance" du gentil Walt Disney contre l'invasion des méchants mangas. On passera sur les clichés véhiculés par ces ridicules caricatures, qui n'ont comme résultat que de pointer l'état d'esprit quelque peu réactionnaire de l'auteur.
Le plus étonnant dans cet album, c'est la lucidité incroyable des personnages qui clament à plusieurs reprises que "cette histoire est grotesque". Seul élément positif, d'ailleurs, de personnages que l'on ne reconnait plus (tel cet Astérix colérique et prompt à la violence gratuite).
Bref, on referme l'album le coeur serré, comme lorsque l'on vient de perdre un ami, et en se demandant qu'est-ce que cela pouvait bien raconter. Car, cela n'est plus une surprise depuis Latraviata, il n'y a pas le moindre petit bout d'atome d'histoire là-dedans.
J'aimerais qu'on puisse faire avec certains auteurs de BD comme avec les parents indignes : les déchoir de leur paternité !
Ce qui m'épate (et me désole), c'est que plus les albums sont mauvais, plus ils se vendent (peut-être serais-je démenti cette fois, les piles n'ont pas l'air de descendre très vite dans les magasins).
Le double effet Kiss Cool, c'est que vu sa popularité, le petit gaulois atteint un public de non-bédéphiles qui lorsqu'ils lisent ces tant vantés, et pourtant consternantes, aventures ont vite fait de rejetter le média tout entier au rang de conneries pour gamins.
En tout cas, de la part d'Uderzo, intituler son album "Le ciel lui tombe sur la tête", c'est un bel aveu.
Si vous vous intéressez un peu à la technique BD, les éditions Eyrolles ont sorti un manuel sur le sujet : Colorisation de BD. Néophyte en la matière mais toujours intéressé par ce qui tourne autour de la BD, c'est avec intérêt que je m'y suis plongé.
Ecrit par deux professionnels, Stéphane Baril et Naïts, ce bouquin n'est pas un ouvrage du style "Comment on fait une BD : la couleur" destiné aux amateurs, mais bien un guide très technique pour ceux qui veulent en faire leur profession. Après un rapide survol de la colorisation classique, c'est la colorisation informatique qui est abordée et expliquée en détails, l'ouvrage se terminant sur les aspects plus "monde de l'édition" (avec des témoignages de pro). J'avoue avoir passé cette dernière partie, étant peu intéressé.
Même si ma lecture n'a pas été linéaire à cause de la technicité qui me dépassait un peu parfois (vaut mieux connaître Photoshop pour tout piger), j'ai apprécié le didactisme du bouquin et cela m'a permis d'appréhender un peu mieux le boulot de ces "travailleurs de l'ombre" :-). Pour tout dire, ça m'a même donné envie de m'y essayer. Dès que j'ai un moment je mets en couleur tout Sin City, juste pour le fun. Ou Nausicaä, peut-être. Enfin, un truc simple, quoi.
Donc si vous connaissez quelqu'un qui pense encore que coloriser une BD, c'est juste mettre de la couleur dans les trous, mettez-lui ce bouquin sous les yeux. Et pour les autres, c'est un bon moyen de découvrir un côté assez méconnu, je pense, du monde de la bande dessinée.
Bonne lecture !